Discours remise Légion d’honneur

Nancy, le vendredi 10 juillet 2026

Chaynesse Khirouni, présidente du département de Meurthe-et-Moselle

Salutations

Monsieur le Préfet de Meurthe-et-Moselle, (Yves Séguy)

Messieurs les Députés, cher Dominique Potier, cher Stéphane Hablot,

madame la Députée, chère Estelle Mercier,

Messieurs les Sénateurs Jean-François Husson, Olivier Jacquin et Pierre Boileau,

Monsieur le maire de Nancy, président de la Métropole du Grand-Nancy, cher Mathieu,

Mesdames les conseillères régionales, messieurs les conseillers régionaux,

Mesdames les vice-présidentes et conseillères départementales, messieurs les vice-présidents et conseillers départementaux,

Madame la présidente, messieurs les présidents d’intercommunalités,

madame la présidente de l’association des Maires de Meurthe et Moselle (Rose-Marie Falque), madame la présidente de l’association des Maires ruraux (Brigitte Meyer), mesdames messieurs les Maires et élu-es locales et locaux,

Monsieur le recteur de la région académique Grand-Est, recteur de l’académie de Nancy-Metz, chancelier des universités, (Pierre-François Mourier)

Monsieur le sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de Meurthe et Moselle, (Frédéric Clowez)

Monsieur le délégué militaire départemental adjoint, représentant monsieur le Général Pierre Gaudillère, gouverneur militaire de Nancy commandant la Brigade aérienne de l’aviation de chasse et délégué militaire départemental,

Monsieur le directeur interdépartemental de la Police nationale, (Frédéric Laissy),

Monsieur le commandant du groupement de gendarmerie départemental de Meurthe-et-Moselle, (Colonel Sébastien Brach)

Monsieur le directeur départemental des services d’incendie et de secours de Meurthe-et-Moselle, (Colonel hors-classe Jean-Philippe Gueugneau)

Madame la présidente de l’université de Lorraine, (Hélène Boulanger)

Madame la directrice régionale de l’Agence régionale de santé, ( Christelle Ratignier-Carbonneil)

Monsieur le directeur général du centre hospitalier régional universitaire (Arnaud Vanneste)

Mesdames messieurs les représentants de services de l’Etat,

Monsieur le président de la chambre d’agriculture (Jérémy Jennesson),

Mesdames messieurs les représentants des chambres consulaires,

Mesdames, messieurs les agentes et agents du département,

Cher-es ami-es militantes et militants du secteur associatif et politique,

Mesdames messieurs en vos titres, grades et qualités,

Un grand remerciement pour votre présence nombreuse. Une marque pour moi de reconnaissance, que je place sous le signe de la fraternité et de l’amitié.

Claire Hédon

Je profite de ce moment pour excuser l’ancien Préfet de Meurthe-et-Moselle, Arnaud Cochet qui ne pouvait pas être parmi nous pour cette cérémonie. Je souhaite le remercier vivement puisque j’ai appris que c’est à son initiative qu’a été proposée ma nomination dans la Légion d’honneur, confirmée lors de la promotion de juillet 2024

Il m’a donc fallu un temps certain pour préparer ce moment – 2 ans quasi-jour pour jour.

Au moment de l’annonce, un temps pour réaliser qu’il ne s’agissait pas d’une simple distinction.

Un temps pour cheminer et accepter que mon parcours soit mis à l’honneur.

Un temps pour identifier celle ou celui qui me remettra la Légion d’honneur.

Et solliciter Claire Hédon, défenseure des droits, fut pour moi une évidence.

Une sollicitation inscrite dans le cadre d’un engagement mené par le département de Meurthe-et-Moselle pour l’accès aux droits face à des chiffres qui traduisent la difficulté des plus vulnérables à faire valoir leurs droits.

50%, c’est le taux de « non-recours » au minimum vieillesse. Il serait de 34% pour le RSA et de 30% pour l’assurance-chômage.

Le travail mené pour lancer l’expérimentation « territoire zéro non-recours » renommer par nos habitants « avec vous pour vos droits » nous amène à nous rapprocher tout naturellement de la défenseure de droits – Claire Hédon.

Je découvre au-delà de la fonction une femme engagée – ancienne Présidente d’ATD quart monde, exigente et libre.

Nous partageons une boussole. : l’accès aux droits pour toutes et tous et notamment pour les plus vulnérables socialement, culturellement, économiquement. Celles et ceux pour qui tout devient obstacle : la porte d’une institution, la langue, l’écrit, le numérique, la mobilité, le territoire, la nationalité, l’âge, le handicap… Et surtout le regard porté sur la personne. Une stigmatisation, vécue comme une honte au point de ne pas oser solliciter leurs droits.

Avec Claire Hédon, nous partageons des valeurs, une volonté farouche celle du respect de la dignité et de la volonté de protéger les plus vulnérables… Celle de faire entendre leur voix.

C’est une responsabilité forte pour moi en tant que présidente de département. Assurer l’accès aux droits, l’accompagnement des personnes âgées, personnes en situation de handicap, protéger et accompagner les enfants de l’aide sociale à l’enfance.

Dans un contexte si difficile avec l’augmentation des violences intrafamiliales, les crises économiques, sociales, financières…

Et un modèle à bout de souffle mais qui nous oblige à tenir, résister… pour celles et ceux qui n’y arrivent plus.

Chère Claire, je tenais à saluer le travail accompli durant ces six années en tant que défenseure des droits ainsi que votre engagement sans faille. C’est une fonction importante, essentielle. Plus qu’une vigie c’est l’institution qui mesure les écarts entre la réalité et la promesse républicaine et tout ce qu’il nous reste à faire pour honorer cette promesse. Il sera difficile pour votre successeur d’être à ce même niveau d’exigence.

Merci sincèrement d’avoir accepté de me remettre les insignes de la Légion d’honneur. Elle donne, pour moi, un sens profond à cette haute distinction. Et c’est une immense fierté.

C’est aussi une belle reconnaissance de la République. On dit qu’elle vient honorer un parcours.

Parler de son parcours pour éclairer les raisons de l’honneur qui vous est rendu au travers de cette distinction, c’est beaucoup plus qu’énumérer un curriculum vitae. Cela oblige à dérouler une vie, identifier les quelques faits marquants qui méritent une telle gratification. C’est aussi parler de soi, c’est toucher à l’intime. Comprendre un destin qui ne s’est inscrit ni dans celui tout tracé par le déterminisme ni dans celui du mektoub, un destin déjà écrit, une forme de fatalisme ou de résilience.

Mais je sais aussi que cette distinction me dépasse. Qu’un parcours quelque qu’il soit est semé d’opportunités, de rencontres, de mains tendues. Je sais que beaucoup d’entre-vous ici présentes et présents ont compté dans ma trajectoire.

Permettez-moi de vous partager les faits marquants liés d’abord à mon parcours personnel et celui de ma famille qui pour moi éclairent fortement le chemin parcouru et qui explique pour partie les ressorts d’un parcours singulier. Au-delà de mon appartenance à une classe sociale, mes origines, mon genre…

17 mars 1968, c’est l’année où tout commence pour moi. A Douai dans le nord. Chez les Ch’ti. Mon père, ouvrier sidérurgiste, est en déplacement avec ma mère. Secometal, sous-traitant d’usinor-sacilor est basé en Moselle, terre d’accueil de mes parents à leur arrivée en France, d’Algérie.

Le Nord n’est qu’un passage pour moi. Un hasard de naissance comme pour beaucoup d’entre-nous finalement. Mes parents souhaitant fonder une famille, les déplacements s’arrêteront.

C’est à Rombas puis à Woippy que mes parents avec leurs 7 enfants creuseront leur sillon. En gardant ce lien avec leur pays d’origine devenu terre de vacances pour nous.

A mes parents je leur dois, les valeurs de respect des autres, de travail. Inscrites dans la dureté de la vie mais jamais dans l’amertume, ni dans la résignation ni dans l’envie de tout ce que nous n’avions pas. Parce que nous n’avions jamais manqué de l’essentiel.

Valeurs inscrites dans la dureté de l’éducation face à une société que l’on appréhende, que l’on redoute et qui ne vous ouvre pas toujours les bras.

S’il y a un mot qui pourrait servir de fil rouge de mon parcours et de mes choix, c’est celui d’émancipation.

S’il y a une institution qui a joué un rôle déterminant dans notre vie : c’est l’école de la République.

Pour mes parents d’abord, qui ont compris que l’école nous permettrait de nous émanciper de la dureté d’un travail et pour ma mère en particulier de la dépendance financière à un homme.

Même si je n’avais jamais réalisé concrètement ce que pouvait être le quotidien de mon père, ouvrier -soudeur. Hormis à travers les horaires, les 3/8, le fini quitte, les coups d’arc, les appels téléphoniques du chef, l’étonnement d’apprendre qu’un autre prénom maghrébin lui était attribué à l’usine.

Jusqu’à ma visite de Saint Gobain PAM en tant que PCD il y a 2 ans et où j’ai eu la chance de pouvoir assister à une coulée de fonte. Un moment à la fois impressionnant et émouvant pour moi. Je salue un ancien collègue de mon père, Guy Schmit, ici présent et que nous avons retrouvé à son initiative très récemment.

Cela forgera une conscience de classe et une volonté de lutter contre les inégalités, les injustices. Contre les discriminations, le racisme.

Pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Je partage les paroles d’Emilie Busquant-Messali (enterrée à Neuves-Maisons), femme de Messsali Hadj : « Dans mon cœur de française, il n’y a pas de frontière pour la lutte pour la liberté ».

Se sentir concerné par tout ce qui se passe dans le monde. Passer son enfance et sa jeunesse à entendre les adultes de la famille à débattre de politique, de géopolitique.

Comprendre que l’on ne quitte pas son pays d’origine de gaieté de cœur, nous qui avions notre cœur partagé entre la France et l’Algérie. Une double-culture vécue comme une richesse même si cela n’a pas toujours été une évidence.

Savoir pertinemment qu’aucun mur, qu’aucune mer n’empêchera des hommes, des femmes de quitter leur pays pour fuir la misère, les guerres, les persécutions et espérer une vie meilleure pour soi et ses enfants. Et le dérèglement climatique accélérant les déplacements de population.  Ce n’est pas être naïf de penser cela. C’est être lucide et pragmatique. Alors, il nous faut trouver des solutions, humaines et je fais mien le propos de Fatou Diome, écrivaine franco-sénégalaise : « on sera riche ensemble ou on va se noyer tous ensemble ».

Se sentir concerné par le monde, c’est se sentir concerné par les femmes, leurs conditions. Une éducation patriarcale qui renforcera chez moi le souhait d’être libre et de pouvoir faire mes propres choix. Ainsi ont été semées les graines du féminisme. Et mon éveil à la condition des femmes partout dans le monde.

Parfois avec dureté, rugosité. Passion, conviction qui m’animent dans les combats pour porter la voix des plus vulnérables ou tout simplement pour prendre ma place. Une dureté, rugosité qui peut bousculer.

« Les plantes ne voient pas le jour avant de s’être frayé dans la terre un chemin ardu. Mon histoire, c’est l’histoire de la lutte d’une graine aux prises avec la terre rocailleuse et dure. C’est l’histoire d’un combat contre la sécheresse et la roche. » écrivait Fadwa Touquan, poétesse palestinienne dans le Rocher et la peine, récit d’une enfance et d’une adolescence confinées du fait de la rigidité des règles familiales.

Pourtant malgré le soutien de mes parents, l’école, la motivation, le travail… le chemin reste semé d’embuches.

Et l’émancipation ne se mérite pas (mon beau-père philosophe, Bernard Ruyer, expliquait à nos enfants que « si nous n’avions que ce que nous méritions, nous n’aurions pas grand-chose ». Elle se conquière et devient un combat permanent pour moi.

Mon parcours scolaire reste finalement assez classique. Celui de celles et de ceux qui naviguent à vue, sans passion particulière avec comme seule ambition de s’insérer professionnellement.

Sans mode d’emploi, sans les codes. Nous réduisant ainsi le champ des possibles.

En réussissant tout de même à m’extirper d’une forme de déterminisme qui tentait de m’orienter vers des filières techniques. Ma professeure principale m’avait conseillé l’option comptabilité en seconde. 5 heures par semaine ! Que diable suis-je allée faire dans cette galère du plan comptable :  de 1 à 5, les comptes du bilan, 6 et 7, les charges et les produits du compte de résultat.

Je ne savais pas que des années plus tard, mon parcours universitaire (deux Master 2, DESS et DEA pour les plus anciennes et anciens) serait empreint de gestion, de comptabilité, ressources humaines, droit, économie, marketing…

Bref autant vous dire une réussite sans réelle passion. Mais qui me permettra d’éclairer mon parcours professionnel puisque très rapidement je comprends que ces compétences acquises deviendront un atout au service des plus vulnérables d’entre-nous.

Après quelques mois de tâtonnement dirons-nous pudiquement, je décroche mon premier CDI un graal à temps partiel, à Réponse, ; une association de quartier à Vandoeuvre.

Coordinatrice en actions sociales : je découvre les dossiers de demande de financements, les bilans d’activité. Mais surtout, le travail d’accompagnement des personnes illettrées, analphabètes, allocataires du RMI, le festival des contes, les défis de l’écriture, l’atelier d’Ehrlanger : orchestre de musiques méditerranéennes et orientales dont les répétitions accompagnaient mes soirées de travail du mercredi.

Je comprends comment la non maîtrise de la langue, de l’écrit, peut vous enfermer et vous isoler du monde, vous empêcher d’accéder à vos droits, à des formations, un emploi. Et même de vous épanouir. Mais je découvre aussi la capacité de débrouillardise, les stratégies de contournement pour s’en sortir, survivre. Et surtout la volonté des personnes de reprendre leur destin en main, de s’émanciper.

Une première expérience qui me confortera dans le souhait de poursuivre mon engagement professionnel aux côtés des personnes en situation d’exclusion.

Un premier tremplin qui m’amènera à l’Adie. L’Association pour le droit à l’initiative économique. Fondée et présidée par Maria Nowak aujourd’hui disparue, les notions de dignité, confiance, compétences, émancipation prennent une dimension particulière.

Faire crédit, faire confiance à celles et ceux qui n’ont pas les financements mais des compétences et un projet de création d’entreprise, pour créer leur propre emploi. Un nouveau défi.

Découvrir les tontines, le crédit solidaire, la banque des pauvres, fondée au Bangladesh par Mohamed Yunus. Un nouveau public avec lequel je n’avais jamais travaillé : les gens du voyage

En créant la direction régionale de l’Adie et en développant le microcrédit en Lorraine, je me rends compte des obstacles : faire tomber les a priori sur les pauvres, les allocataires du RSA créatrices et créateurs d’entreprise, reconsidérer les critères d’évaluation d’un projet, intégrer les notions d’interculturalité. Et surtout comprendre que ce n’est pas aux personnes les plus précaires de s’adapter à l’institution mais l’institution qui doit s’adapter à elles, en revoyant ses procédures, ses pratiques face à des personnes illettrées, analphabètes. C’est ainsi qu’il avait été décidé de ne plus exiger de remplir un dossier avant le premier rendez-vous d’instruction.

Une expérience enrichissante, impressionnée par la capacité de rebonds face au mur administratif, au dénigrement des compétences, des projets… Un déni de leur capacité à décider, à faire leurs propres choix… Ou une forme de protection ou de bienveillance parfois infantilisante.

A l’Adie ou à Réponse, j’ai toujours considéré mon engagement professionnel comme un engagement militant et politique. Adhérer à un parti n’avait jamais été une option pour moi. Et puis je menais d’autres engagements contre le racisme, l’antisémitisme. J’ai eu la chance de faire de belles rencontres dans ces moments. J’ai une pensée pour Loulou Herzberg, un mensch parti trop tôt avec qui je partageais une vision humaniste du monde.

La culture, l’action sociale, les conférences, le cinéma avec le forum de l’ifras (aujourd’hui l’irts) et Paul Elie Lévy sur le quartier du Haut du Lièvre, entrée 9D au Tilleul Argenté mon lieu d’atterrissage en tant qu’étudiante à mon arrivée à Nancy.

Je suis convaincue comme Hannah Arendt que c’est la capacité d’action qui fait des humains des êtres politiques. La capacité d’initiative. Et c’est dans cette faculté de l’humain d’agir politiquement que repose la possibilité qu’advienne un monde nouveau.

Les humains ont donc la capacité de changer le monde si, égaux et différents, ils parlent ensemble pour comprendre leur monde commun et si, doués de spontanéité, ils agissent ensemble pour transformer ce monde commun.

Et pourtant, une rencontre déterminante va changer le cours des choses. A quelques semaines de l’élection municipale, Nicole Creusot et Mathieu Klein me sollicitent pour faire partie de leur liste nancéienne.

A un moment de ma vie personnelle et professionnelle qui ne me laissait pas beaucoup de temps pour d’autres engagements ;

Et il faut décider vite.  Mon compagnon et un ami précieux, Eric Grange, m’encouragent à passer le cap ! Ils seront présents tous les deux à tous les moments clés de mon parcours politique.

2008 s’ouvre une nouvelle page politique. Un engagement au service des habitantes et habitants de Nancy en tant que conseillère municipale et communautaire. C’est à ce moment que je décide d’adhérer au Parti socialiste. Je découvre le combat âpre de la politique, la fraternité de l’engagement militant ; les campagnes électorales, les luttes de courants, les gauches irréconciliables…

Succès, échecs, ponctuent les combats au cours desquels se forgent des relations fortes ; Avec Mathieu Klein, Bertrand Masson et les militant.e.s je découvre l’engagement sans faille, les réunions à n’en plus finir, l’amitié, la solidarité, la fraternité avec Michel Dinet, la tristesse avec sa mort brutale.

Puis les choses iront très vite. J’ai la chance d’être soutenue dans mon choix des législatives en 2012 et je deviens députée de la première circonscription de Meurthe-et-Moselle. Une victoire inattendue et un premier mandat.

Et surtout une grande fierté de représenter nos concitoyennes et concitoyens à l’Assemblée nationale – Une grande émotion de siéger dans l’hémicycle qui a vu de grands hommes et de grandes femmes débattre et défendre le progrès et de grandes avancées sociétales. Je pense à Simone Veil ou Robert Badinter.

Un mandat intense et difficile. D’abord trouver sa place dans un groupe de près de 300 député.e.s. Réussir à devenir membre de la commission des affaires sociales et des droits des femmes.  Travailler sur les questions de santé, la maladie de Lyme, emploi, formation, égalité femmes-hommes… Voter le mariage pour tous… J’aurai la fierté de porter pour les jeunes une proposition de loi visant à renforcer l’encadrement et la valorisation des stages.

Le rythme est intense. Les enfants sont jeunes. Il nous faut concilier vie de famille, mandat de députée, travail et déplacements entre Paris et la circonscription.

Un mandat marqué par des succès et des échecs. Des doutes. Joie et tristesse se côtoient. C’est avec Dominique Potier élu député en même temps que moi que je partagerai ces 5 années de mandat et de beaux combats. Mais surtout une conviction : qu’un développement ici ne peut reposer ni sur l’exploitation des droits des travailleurs à l’autre bout du monde, ni sur l’exploitation des ressources de la planète. Un autre monde est possible.

Un mandat marqué également par les attentats, la tourmente politique, nos crises, des déceptions et des blessures : je pense notamment à la proposition de déchéance de nationalité pour les binationaux.

Juin 2017 verra la défaite et la dure réalité des mandats électifs. Mais le temps n’est pas aux lamentations, il faut se relever, avancer. Trouver la force de poursuivre ses engagements, défendre ses convictions. L’intérêt général. Rester mobilisé avec les élu.es., les militants face à la dure réalité que vivent les plus vulnérables d’entre-nous. Retrouver un travail.

Et puis vint 2020, ma troisième campagne des municipales : inédite : en plein covid, qui voit la belle victoire de Mathieu Klein et de nouveaux défis pour moi.

Il me confiera une 3ème vice-présidence à la Métropole du Grand Nancy, déléguée à la transition écologique, l’urbanisme, le foncier, l’énergie, l’agriculture, l’alimentation en plus de mon poste de directrice nationale à l’Adie !

Délégation intense que je n’occuperai qu’une année. Car 2021 sera une année de bouleversement. Rien n’est pensé, ni tracé. Toujours avec Mathieu Klein. Me voilà partie aux départementales. Une campagne assombrie par le décès brutal de mon père et éclairée par mon élection en tant que conseillère départementale et Présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, la collectivité des solidarités humaines et territoriales ; De nouvelles responsabilités, un nouveau défi. Être à la tête d’un exécutif, d’une majorité pour agir : pour les personnes âgées, les personnes handicapées, la protection de l’enfance, l’éducation, les territoires…

Agir face à une société plus inégalitaire, l’augmentation de la précarité – un dérèglement climatique qui touche les plus vulnérables, l’augmentation constante des violences intrafamiliales. Se confronter avec Marie-José Amah à la dure réalité des enfants placés victimes de violences. Pour certains dès leur naissance. Une pouponnière à peine inaugurée et déjà saturée, une politique de la protection de l’enfance en crise, reflet d’une société qui se soucie très peu de ses enfants.

Et une situation qui nous donne encore plus de responsabilité pour agir pour la jeunesse. Lui faire confiance – et ainsi faire confiance en l’avenir.

C’est l’ADN du département : la jeunesse, l’éducation : favoriser les conditions de sa réussite. En éprouvant d’autres façons de faire, en innovant, expérimentant. L’audace.

C’est ce qui nous a guidé lorsque le département a lancé l’expérimentation du Revenu d’émancipation Jeunes, pour les jeunes les plus vulnérables, les plus en difficulté. Un tremplin pour leur permettre de rebondir. Et ça marche !

Agir, c’est faire le choix du collectif. Face aux enjeux, défis, contraintes, une collectivité ne peut agir seule.

Un collectif c’est une équipe :

Les conseillères et conseillers départementaux constituant ma majorité, mon cabinet, les collaboratrices et collaborateurs de l’ombre : un grand merci pour votre engagement, votre soutien, votre confiance.

Nos agentes et agents sans qui le service public n’existerait pas.

Les partenaires, nos opérateurs, les communes, les élu.es, les associations, les bénévoles, les acteurs économiques… qui nous accompagnent dans la mise en œuvre de nos politiques publiques et qui font la richesse de notre département.

Un collectif, une collectivité, porteuse de valeurs humanistes qui tentent d’avancer malgré les vents contraires, les vents mauvais.

Porter par un optimisme de combat qui m’anime et surtout la volonté de redonner de l’espoir. Avec comme boussole, l’intérêt général, le bien commun.

En réinterrogeant souvent nos actions, nos pratiques.

Une quête de l’exigence que l’on doit à celles et ceux qui comptent sur nous.

Légion d’honneur

Un matin, en écoutant ma radio préférée, j’apprends que le soleil qui s’est formé il y a 4,6 milliards d’années était à la moitié de sa vie. Non seulement je me suis sentie toute petite mais surtout je n’avais jamais réalisé que le soleil avait une durée de vie limitée. Comme toutes les étoiles. Au-delà de me permettre de réviser l’astrophysique, je réalise encore plus intensément que nous n’étions pas grand-chose dans cette immensité.

Alors, dans cette immensité, qui nous emmène vers l’infini et au-delà, c’est un grand honneur de vous retrouver ce soir pour partager l’honneur que me fait la République à travers cette plus haute distinction qu’est la Légion d’honneur.

Permettez-moi de la partager avec celles et ceux qui m’ont accompagné dans mon parcours :

Je pense à mes collègues, aux bénévoles de l’association Réponse, de l’Adie. Certains sont devenus des amis.

Aux militants du parti socialiste, aux élu.e.s, à Mathieu.

A ma majorité départementale que je remercie au travers d’Audrey Bardot et André Corzani, présidente et président de groupe.

A mes amis d’enfance de Rombas, Woippy,

Je repense à Estelle, Sadia, Christine, Aline, Claudine, Mario, Maurice, Yamina, Mohammed, Sybille, Jean-François, Nora, Nacera, David…

A mes professeurs, je salue Jean-Marie Backsheider mon professeur d’anglais au collège Jules Ferry de Woippy ici présent.

A celles et ceux qui ont fait la Lorraine, la Meurthe-et-Moselle, venus d’ailleurs comme mes parents et qui malgré la dureté de la vie ont bâti un territoire de solidarité, de luttes qui ont laissé des cicatrices mais toujours la fraternité au cœur.

A mes amis du lycée, de la fac, avec lesquels nous faisions la fête, refaisions le monde. Certains voulaient envoyer les chars en Afrique du sud pour faire tomber le régime d’apartheid.

A Eric Grange mon spin doctor – avec qui je partage la Lorraine et son cœur d’acier, toutes les analyses politiques électorales (je crois qu’il a gardé tous les journaux de toutes les élections depuis 1981)

Aux publics que le département accompagne et plus particulièrement aux enfants

Enfin, une belle part de cette distinction va à ma famille :

Mon compagnon, mes enfants, ma belle-famille : une improbable rencontre de la classe ouvrière issue de l’immigration et de la bourgeoisie nancéenne.

Mon compagnon Nicolas, musicien, cuisinier, spécialiste de parcours Sup, véritable cheville ouvrière de notre famille, qui supporte mon rythme, mes passions, mes colères, mes doutes. Et surtout qui m’a toujours soutenu dans mes choix.

Nos 3 enfants, Yassine, Sohel, Anesame : notre fierté qui creuse leur sillon et tente comme beaucoup de nos jeunes de trouver le chemin de leur avenir dans les dédales de parcours Sup.

Et qui se rappellent, aujourd’hui avec humour, des interminables cérémonies de vœux de la première circonscription de Meurthe-et-Moselle auxquelles ils assistaient plus jeunes.

Ma belle-mère, Catherine, qui nous a soutenu dans nos engagements, m’a permis de découvrir la Normandie, la baie du Mont Saint-Michel, devenue notre deuxième région de cœur. Nathalie, ma belle-sœur, Mathieu mon beau-frère et ma grande-belle famille.

Mes neveux, mes nièces qui sont venus agrandir et égayer nos familles, mes filleul.e.s. Vous êtes dans mon cœur.

Mes parents. Mon père qui en quittant à l’âge de 20 ans, son pays, sa montagne, ses brebis et la misère n’avait pas imaginé ce destin. Il est d’ailleurs parti sans comprendre nos choix de vie.

Ma mère qui soustraite, contre son gré de l’école à l’âge de 10 ans, a élevé ses 7 enfants et nous a accompagné tant qu’elle a pu dans notre scolarité.

Ma grand-mère maternelle, une femme courageuse, énergique, forte qui nous accueillait durant nos vacances d’été en Algérie et qui a assumé, seule, la charge de famille après le décès de son mari, tutorée par un oncle. Une femme inspirante.

Mes 6 frères et sœurs : Sabah, Fadila, Kamel, Nabila, Hafida, Hakim qui ont supporté le dirigisme de leur sœur ainée : je pense aux cours d’école que je leur imposais. Mais je pense surtout à nos éclats de rires devant les films de De Funès, à notre art de la caricature, personne n’y échappait. Même pas Jean-Marie Rausch ancien maire de Metz.

Je n’oublie pas d’où je viens et pour qui je me bats. Je sais combien la force qui m’a permis de forger mon parcours, mes engagements, mes valeurs viennent de loin. C’est une trajectoire. Une illustration. Elle peut inspirer mais elle n’est aucunement une démonstration.

Et je sais au fond de moi combien notre quête de liberté, d’émancipation était puissante.

La rage au ventre, l’émancipation au cœur,

Ignorant pour un instant, les vies de labeur de nos parents,

Nous gravissions des tours de fer et d’acier

Pour atteindre les cimes de la liberté

Emplis de rires et d’optimisme géants.

Je vous remercie !

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