Session du 30 mars 2026

Session du Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle

Lundi 30 mars 2026

Discours d’ouverture de Chaynesse Khirouni,
Présidente du Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle

Seul le prononcé fait foi.

Mesdames, Messieurs, cher·e·s collègues,

Avant d’entrer dans le cœur de notre session budgétaire, je voudrais que nous ayons une pensée pour Michel Dinet. En ce 30 mars, cette pensée s’impose à nous avec une résonance particulière, puisque c’est dans la nuit du 29 au 30 mars 2014 qu’il nous a quittés brutalement. Douze ans plus tard, son souvenir demeure bien davantage qu’une mémoire : il reste une exigence. Celle d’une action publique profondément humaine, fondée sur la proximité, la solidarité et l’engagement collectif.

Michel Dinet portait cette conviction forte que les territoires ne sont pas de simples espaces administratifs, mais des lieux de vie, de lien et d’avenir. Il savait que l’on ne répond pas durablement aux fractures sociales sans replacer l’humain au centre, sans écouter les habitantes et les habitants, sans faire confiance aux acteurs de terrain, sans tenir ensemble justice sociale et développement local. Dans la période que nous traversons, cette pensée de l’engagement garde une force singulière.

Se souvenir de Michel Dinet, c’est aussi refuser le découragement. C’est continuer à faire vivre une société plus juste, plus fraternelle et plus attentive aux plus fragiles.

Et c’est avec cette fidélité que nous ouvrons aujourd’hui notre session budgétaire.

Et nous l’abordons dans un moment du monde qui appelle, inlassablement, de la gravité, de la lucidité et du courage.

Car il est vrai que, de session en session, nous revenons à ce contexte difficile. Nous revenons aux mêmes inquiétudes, aux mêmes tensions. Non par facilité, mais parce que le réel, lui, s’impose avec constance. Parce que les crises s’installent, se superposent, se nourrissent les unes des autres. Et parce qu’il serait irresponsable, au moment d’ouvrir une session budgétaire, de faire comme si le monde autour de nous ne pesait pas directement sur la vie de nos concitoyennes et de nos concitoyens, sur l’état de notre démocratie, sur la capacité même des collectivités à agir.

Gravité, donc,


Parce que la force prétend trop souvent l’emporter sur le droit.
Parce que la guerre se poursuit sur notre continent.
Parce que le Proche-Orient reste emporté dans une spirale de violence sans issue proche.
Parce que la catastrophe humanitaire à Gaza continue de mettre à l’épreuve notre conscience collective.
Parce que le dérèglement climatique confirme, année après année, qu’il n’est plus une menace lointaine mais une réalité déjà là.

Et si nous rappelons, à chaque session ou presque, un certain nombre de chiffres, c’est parce que ces chiffres disent obstinément la même chose. Ils documentent une réalité structurelle. Ils mesurent ce qui dure. Ils objectivent ce que beaucoup voudraient encore présenter comme une situation conjoncturelle. Lorsqu’un déséquilibre s’installe, lorsqu’un modèle de financement s’épuise, lorsqu’une pression sociale s’aggrave, il est de notre responsabilité de le redire. Non pour répéter, mais pour nommer. Non pour ressasser, mais pour alerter. Non pour entretenir l’inquiétude, mais pour fonder la clarté démocratique sur des faits.

Au fond, si nous revenons aux mêmes constats, c’est parce que les causes demeurent. Et si certains chiffres reviennent, c’est parce qu’ils sont devenus les marqueurs d’une impasse que l’on ne peut plus habiller d’euphémismes.

Oui, dans ce contexte, nous ne parlons pas d’un budget comme d’un simple exercice comptable. Nous parlons de protection, de cohésion, de dignité. Nous parlons de ce que la puissance publique choisit de tenir lorsque l’époque vacille. Nous parlons, au fond, de ce que nous refusons d’abandonner.

Nous ouvrons aussi cette session après les élections municipales. Je tiens à saluer et féliciter très chaleureusement celles et ceux dans cette assemblée qui ont été élu.e.s ou réélu.e.s maires. Je vous souhaite ainsi qu’à vos équipes une pleine réussite dans ce nouveau mandat municipal qui s’ouvre. Saluer les collègues qui ont mené le combat et ont été battu.es malgré leur engagement.

Je veux redire ici mon respect à toutes celles et à tous ceux qui servent nos communes. Qui ont tenu dans un mandat difficile, qui ont affronté les crises, l’usure, parfois la violence, souvent la solitude.

Être élu.e local.e, aujourd’hui, ce n’est pas une fonction abstraite. C’est l’engagement le plus concret, le plus exposé de notre démocratie. C’est là que se mesure, dans la vie réelle, ce que signifie encore le mot République.

Et je veux rappeler avec force notre conviction : le bloc de proximité que forment les communes, les intercommunalités et le Département n’est pas une addition d’échelons. C’est une chaîne de solutions.

Quand l’État se fait plus lointain, plus lent, parfois plus illisible, c’est vers ce bloc de proximité que les habitantes et les habitants se tournent. C’est là qu’ils viennent chercher une réponse, une aide, un accompagnement.

Or ce bloc de proximité doit aujourd’hui faire face à des tensions considérables.

La loi de finances pour 2026 associe encore les collectivités à l’effort national à hauteur de 2 milliards d’euros. Dans le même temps, le taux de pauvreté atteint 15,4 % de la population, le niveau le plus élevé depuis 1996.

Voilà la réalité du moment : davantage de fragilités sociales, davantage de besoins… et pourtant une pression maintenue sur celles et ceux qui accompagnent, protègent, investissent.

Et je veux le dire clairement : cela résulte de choix politiques.
Les baisses d’impôts massives ont réduit les marges de manœuvre publiques. La Cour des comptes a évalué à 62 milliards d’euros l’impact de ces baisses sur les recettes fiscales pour l’année 2023.
De même un rapport sénatorial évalue à 211 milliards d’euros le coût des aides publiques aux entreprises tout en pointant les insuffisances de suivi et d’évaluation.

À s’obstiner dans cette logique, le Président de la République et ses gouvernements successifs ont fragilisé les marges de manœuvre publiques et les solidarités humaines et territoriales.

Les Départements en sont aujourd’hui la traduction la plus visible.

Sans levier fiscal, sans autonomie financière réelle, avec des recettes dépendantes des cycles économiques, ils doivent faire face à une hausse continue des besoins sociaux.

Pour la Meurthe-et-Moselle, cela se traduit concrètement par :

Une baisse de plus de 36 millions d’euros de DMTO entre 2022 et 2024.
Une reprise attendue à 95 millions d’euros en 2026, mais qui ne change pas la fragilité structurelle du modèle.

Une TVA moins dynamique que prévu :
7,8 millions d’euros de moins en 2024 par rapport à ce qui était attendu,
2,7 millions en 2025.

Une taxe d’aménagement en chute, mettant en péril de nombreux CAUE, outils essentiels d’accompagnement des communes.

Et surtout, un reste à charge de plus de 144 millions d’euros pour les allocations individuelles de solidarité. À l’échelle nationale, ce reste à charge atteint 12 milliards d’euros. Et lorsque Départements de France alerte sur le fait qu’une soixantaine de départements sont désormais en difficulté financière, ce n’est plus un signal faible. C’est une crise de modèle.

C’est pourquoi nous le disons avec force : une réforme structurelle du financement des Départements est indispensable.

Car derrière ces chiffres, il y a des vies :
des personnes âgées accompagnées dans la perte d’autonomie,
des personnes en situation de handicap,
des enfants protégés,
des personnes sans ressources qui cherchent à retrouver un équilibre.

Des proches épuisés, un travail social en crise.

Dans ce contexte, le budget 2026 que nous présentera notre Vice-Président Pascal Schneider n’est ni un budget d’illusion, ni un budget de renoncement.

C’est un budget de résistance et de fidélité à notre projet départemental.

801,3 millions d’euros de fonctionnement.
24,2 millions d’euros d’épargne brute.
120,3 millions d’euros d’investissement (aides à la pierre comprises).

Un budget qui tient, parce que nous faisons le choix de tenir.
Parce que nous refusons de sauver le présent en sacrifiant l’avenir.

Et au fond, derrière ces chiffres, une question simple se pose : que choisissons-nous de tenir ?

La réponse tient en quatre priorités.

D’abord le pouvoir de vivre.

Car ce dont il s’agit ici, c’est de la capacité réelle des familles à tenir.

Tenir face aux dépenses. Tenir face aux contraintes. Tenir sans renoncer.

Le maintien de la gratuité du transport scolaire, que présentera Jacky Zanardo, en est une illustration très concrète.

Alors même que la compétence a été transférée à la Région, alors même que les tarifs augmentent, nous faisons le choix de prendre en charge intégralement ce coût.

Ce choix dit clairement ce que nous mettons derrière l’idée de justice sociale.
Il dit que l’accès à l’école ne doit pas être conditionné par les ressources.
Il dit que nous refusons d’ajouter une charge supplémentaire aux familles.

Et il s’inscrit dans une politique éducative plus large : conditions d’accueil, qualité des équipements, attention portée aux parcours des élèves.

Parce que le pouvoir de vivre, c’est aussi pouvoir grandir, apprendre, se projeter.

La deuxième priorité, c’est l’émancipation.

Parce que protéger ne suffit pas. Il faut aussi permettre de se relever, d’avancer, de reprendre prise sur sa vie.

Cela commence par la jeunesse.

Les 31,2 millions d’euros investis dans les collèges traduisent une ambition forte : celle d’offrir des conditions d’apprentissage dignes, modernes, adaptées aux enjeux climatiques et sociaux.

La restructuration du collège Croix-de-Metz à Toul, la construction du collège du Plateau à Nancy en sont quelques illustrations. Nous avons également décidé d’engager 20 millions d’euros supplémentaires jusqu’en 2028 dans le cadre du Plan Climat-Collèges pour renforcer le confort d’apprentissage et de travail des élèves et des équipes. 

L’émancipation concerne aussi celles et ceux qui sont aujourd’hui éloignés de l’emploi.

C’est le sens de la reconduction du dispositif de cumul RSA et revenus d’activité, porté par Annie Silvestri.

Ce dispositif reconnaît une réalité : reprendre un emploi ne supprime pas immédiatement les fragilités. Il faut accompagner, sécuriser, permettre la transition afin de faire face à une nouvelle organisation, de nouvelles dépenses (achat d’un véhicule, frais de déplacement, garde d’enfants,…).

Nous faisons ici un choix clair :
refuser la stigmatisation,
refuser les logiques d’assignation,
faire confiance.

La troisième priorité, c’est la proximité.

Les droits n’ont de valeur que s’ils sont réellement accessibles. Et pour cela, il faut une présence humaine, des lieux identifiés, des acteurs coordonnés.

C’est tout le sens de la convention avec l’UDCCAS, que présentera Rosemary Lupo.

Elle reconnaît le rôle essentiel des CCAS et CIAS comme premiers relais du service public social. Elle organise concrètement la coopération avec les Maisons départementales des solidarités.

Et cette logique de proximité se retrouve dans notre politique d’Appui aux territoires 54.

Maintenir 11 millions d’euros dans ce contexte, c’est un choix politique.
C’est soutenir les communes, les associations, les projets locaux, la vitalité des territoires, notamment ruraux.

C’est faire vivre l’égalité républicaine, concrètement.

Enfin, la quatrième priorité, c’est la transition écologique.

Et je veux être très claire : nous refusons d’opposer fin du mois et fin du monde.

Parce que ce sont toujours les plus fragiles qui subissent les premiers les effets du dérèglement climatique.

La délibération « Meurthe-et-Moselle en transition, s’engager pour le vivant », portée par Sylvain Mariette, affirme une écologie des solutions, accessible, concrète.

Elle repose sur trois orientations : protéger le vivant, anticiper les risques, accompagner les acteurs et croise l’ensemble de nos politiques publiques.

Et cela se traduit dans notre budget par :

le soutien à la rénovation énergétique avec 20,3 millions d’euros pour l’habitat,

la gratuité des transports scolaires,
la réalisation d’ aires de covoiturage à l’heure de la flambée des prix du pétrole,

la finalisation de la Véloroute 52,
le bonus écologique dans le cadre de Appui aux territoires 54.

Il ne s’agit pas d’une politique parmi d’autres.
Il s’agit d’une transformation de notre manière d’agir.

Et parce que protéger, c’est aussi garantir la sécurité, la convention avec le SDIS, présentée par Bernard Bertelle, assure un haut niveau de service public et de protection de la population. 

Un soutien qui se traduira par plus de 25,1 millions d’euros en fonctionnement et 2 millions d’euros en investissement. Je tiens à saluer le dévouement et le courage de nos sapeur- pompiers, parfois au détriment de leur vie.


Mes chers collègues,

Ce budget, c’est un choix. Un choix politique.

Il dit que la solidarité n’est pas une dépense de confort, mais une obligation républicaine.
Il dit que les territoires ne sont pas des variables d’ajustement.
Il dit que le Département reste une collectivité de combat démocratique, social et écologique.

Il dit que ce qui tient une société, ce n’est pas la loi du plus fort, mais la justice, la solidarité, la dignité.

Nous continuerons d’alerter l’État.
Nous continuerons d’exiger une réforme structurelle et une décentralisation qui respectent l’esprit des lois Defferre qui avaient pour objet de rapprocher les citoyennes et les citoyens des décisions prises.

Parce que derrière la question financière, il y a une question démocratique : celle de la capacité d’agir des collectivités.

Il y a un enjeu : celui de la préservation de notre modèle de solidarité.

C’est avec cette détermination que je vous propose d’ouvrir notre session qui sera consacrée à l’examen du budget primitif 2026.

Je vous remercie.

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